Article sur le Cerveau d’Hugo

Luna, Valentin, Najib …

A propos du film « Le Cervau d’Hugo », voici un article paru dans Télérama.fr

 

Luna est autiste. Assise sur un canapé, face à la caméra de Sophie Révil (déjà auteur du docu-fiction Un cœur qui bat), elle décrit son rapport au monde. « Représentez-vous un petit lapin au milieu d’une autoroute. C’est la fin des vacances, et ça circule, ça circule, ça circule… On est tétanisé. On regarde autour de soi, incapable d’agir. Et il y a toutes ces voitures… » Comme Luna, une dizaine d’autistes choisis pour leur capacité à témoigner – s’expriment tour à tour (1). Ils disent le stress, l’angoisse, la panique qui les submerge lorsqu’ils s’aventurent dans un lieu agité. Cette sensation infernale et épuisante que la totalité de ce que perçoivent leurs sens suraiguisés est projetée sur le premier plan de la conscience. En vrac et violemment.

Ils racontent aussi la cruauté des enfants à l’école, leur « peur bleue de l’échec », leurs amours (souvent) impossibles. Et ce « mur de verre » qui les sépare des autres parce qu’ils ne savent pas lire les expressions du visage et qu’ils ne comprennent pas grand-chose aux relations sociales. « J’aimerais bien avoir la clé de l’armoire aux sentiments, dit Luna. Je vois bien que les gens ressentent plus de choses que moi. Mais je fonctionne d’une autre manière. »

Ce film, Le Cerveau d’Hugo, qui entremêle fiction (la trajectoire d’un surdoué du piano), explications scientifiques et témoignages, est un pont jeté entre deux mondes. Luna, Valentin et Najib y livrent une représentation intérieure de l’autisme, et nous n’y sommes guère habitués. L’autisme n’est-il pas, d’ordinaire, affaire de spécialistes ? Dans un livre à paraître (2), Josef Schovanec, autiste et chercheur, raconte qu’on l’invite fréquemment dans les colloques pour témoigner, jamais pour exposer un point de vue. « Cela est réser­vé aux savants qui se succèdent à la tribune. La réprobation serait unanime. »

Nombreux sont les parents qui s’emportent ici contre le corps médical. L’une, parce que son fils, suivi dès l’âge de 2 ans, n’a été diagnostiqué autiste qu’à l’âge de 25 ans. L’autre, car son garçon a été très tôt retiré de l’école – « Je voyais bien que l’hôpital de jour n’était pas une structure adaptée pour lui. Il revenait avec des nouveaux tics, des cris, des angoisses ». Ou encore parce qu’ils n’ont jamais digéré les insinuations – voire les affirmations – selon lesquelles ils sont eux-mêmes responsables de l’autisme de leur enfant. « On a été montrés du doigt d’une manière très violente ! »

Il est probable que ce tir groupé de parents indignés déclenche une vague de protestations tout aussi vive. La prise en charge de l’autisme constitue un champ de bataille singulièrement frénétique. On s’y affronte autour de deux tranchées. D’un côté, un courant d’inspiration psychanalytique très répandu en France, puisant largement dans les théories que Bruno Bettelheim développa dans les années 70 : selon le psychanalyste américain, les autistes sont victimes de mères peu aimantes – qualifiées de « mères réfrigérateurs » ; il serait donc urgent de les éloigner de leurs parents. De l’autre, les tenants d’une pathologie congénitale de l’autisme, qui pointent un faisceau de facteurs biologiques, génétiques, neurologiques et environnementaux. Ils prônent des techniques de rééducation comportementale venues des Etats-Unis (Pecs, A.B.A., Teacch…) qui, elles, impliquent les parents.

Le Cerveau d’Hugo penche du côté des seconds. « Il y a au niveau international un consensus scientifique en ce sens, désormais relayé en France par la Haute autorité de santé, non ? », sourit la réalisatrice Sophie Révil. En mars dernier, cet organisme d’expertise public et indépendant chargé d’établir des recommandations a tranché, désavouant le monde analytique et privi­légiant la prise en charge éducative et comportementale. «Cela étant, je n’ai pas voulu faire un film militant», continue-t-elle. Il est vrai que Le Cerveau d’Hugo s’attache moins à ferrailler qu’à changer notre regard sur l’autisme, trop souvent perçu comme forcément lié à un retard mental. »Vous pouvez avoir un prix Nobel et ne pas savoir dire bonjour de manière socialement adaptée, rappelle Josef Schovanec. Ce sont deux facultés complètement distinctes »

 

 

 

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